Yann Rougier

Yann Rougier

Passionné par les neurosciences appliquées, la nutrition-santé et la psycho-neuro-immunologie, le docteur Yann Rougier est médecin spécialiste des hôpitaux de Paris, membre fondateur de l’IN2A (Institut de Neuronutrition et Neurosciences Appliquées) et de la WHealth-Found; également auteur d’ouvrages à succès. Il intervient comme consultant et coordinateur au sein d’équipes scientifiques internationales depuis 1993.

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Vos parents vous ont forcé à manger des épinards toute votre enfance ? C'était pour une bonne raison. Car derrière le mythe (non, les épinards ne sont pas aussi riches en fer qu'on le disait autrefois !) se cache une vérité fondamentale : notre organisme a besoin de ce minéral, essentiel au transport et à l'utilisation de l'oxygène, au métabolisme énergétique et au fonctionnement musculaire. Un simple manque de fer peut se traduire par des symptômes physiques et évoluer vers une anémie s'il n'est pas corrigé. Quelles sont les causes d'une déficience ? Et quelles solutions adopter ? On vous dit tout.

Manque de fer : de quoi parle-t-on ?

Le fer fait partie de ces minéraux indispensables au fonctionnement normal du corps : contenu dans l'alimentation et absorbé au niveau des intestins, il intervient notamment dans la fabrication de l'hémoglobine, essentielle au transport de l'oxygène dans le sang. Mais ce n'est pas tout : il participe aussi à plusieurs réactions enzymatiques, à la bonne marche des muscles, au métabolisme de l'énergie et à la réduction de la fatigue.

Forcément, un manque de fer n'est pas une bonne nouvelle. Lorsqu'il s'agit d'une simple déficience, on parle de « manque de fer sans anémie » : le taux d'hémoglobine est normal, mais il est associé à une baisse de la ferritinémie. Cet état est très souvent asymptomatique, mais peut évoluer vers une anémie, dite « ferriprive » : un manque de globules rouges dans le sang causé par une baisse importante des réserves de fer. En substance, une carence se traduit par une diminution de la production d'hémoglobine au niveau de la moelle osseuse, et précède la survenue d'une anémie. (Notez qu'une analyse sanguine permet de faire la différence.)

Manque de fer VS anémie : seuils et taux à considérer

Profil Taux de ferritine Taux d'hémoglobine
Femme adulte < 15 à 30 µg/L : carence avérée
> 30 µg/L : stock suffisant
< 12,0 g/dL : anémie
≥ 12,0 g/dL : normal
Homme adulte < 30 µg/L : carence avérée
> 30 µg/L : stock suffisant
< 13,0 g/dL : anémie
≥ 13,0 g/dL : normal
Femme enceinte (à partir du 2e trimestre) < 30 µg/L : prise en charge recommandée < 10,5 g/dL : anémie de grossesse
≥ 11,0 g/dL : normal (1er trimestre)

(Seuils recommandés par l'OMS, la HAS et la Société Française d'Hématologie.)

Bon à savoir

Une ferritine basse sans anémie est très fréquente chez les femmes jeunes en âge de se reproduire, avec une prévalence de 10 à 25 % dans les pays d'Europe.

Quelles sont les causes du manque de fer ?

Plusieurs causes peuvent venir expliquer un manque de fer dans l'organisme, en fonction de l'âge, du sexe et des habitudes de vie. Les plus significatives sont :

  • Des pertes sanguines visibles au niveau gastro-intestinal (sang dans les selles ou dans les vomissements) ou, chez la femme, lors de règles abondantes ou de saignements entre les menstruations.
  • Des pertes sanguines invisibles au niveau digestif, gynécologique ou urologique, qui peuvent conduire progressivement à une anémie et nécessitent de rechercher du sang occulte dans les selles et les urines. Une consultation médicale est indispensable.
  • Des apports alimentaires en fer insuffisants au regard des besoins du corps, surtout chez les femmes enceintes et les enfants. Chez les jeunes enfants (entre 6 mois et 5 ans), la croissance rapide nécessite des quantités importantes de fer. Chez les femmes enceintes, les besoins augmentent avec la croissance du fœtus et le développement du placenta. Mais une insuffisance peut aussi être liée, au sein de la population générale, à une alimentation pauvre en fer, par exemple dans le cadre d'un régime végétarien ou végétalien strict.
  • Une mauvaise utilisation du fer par l'organisme, souvent en raison d'une affection qui touche la paroi digestive (maladie de Crohn, maladie cœliaque ou allergie au lait de vache).

Bon à savoir

Les pertes sanguines ne sont pas anodines : 200 ml de sang perdus correspondent à 100 mg de fer.

Quels sont les symptômes à surveiller en cas de manque de fer ?

En cas de manque de fer, certains signes physiologiques peuvent permettre de s'orienter vers une carence, par exemple :

  • Une fatigue persistante et inhabituelle.
  • Une peau sèche et des ongles cassants, des symptômes parfois associés à une chute de cheveux.
  • Une pâleur anormale du visage et des muqueuses, due au fait que le sang est moins riche en hémoglobine.
  • Un essoufflement à l'effort, car les tissus sont mal oxygénés et n'ont plus l'énergie nécessaire pour fonctionner normalement, ce qui augmente le rythme respiratoire.
  • Des maux de tête et des vertiges, qui peuvent s'expliquer par un gonflement des vaisseaux cérébraux mal oxygénés.
  • Des palpitations cardiaques, car le cœur doit travailler davantage pour fournir suffisamment d'oxygène aux muscles.
  • Des troubles cognitifs, en particulier des difficultés de concentration et de mémorisation.
  • Des frissons, parce que le sang oxygéné circule moins bien au niveau des extrémités, avec pour conséquence un trouble de la régulation thermique.
  • Une sensibilité accrue aux infections, un manque de fer pouvant s'accompagner d'une diminution des défenses immunitaires, notamment en cas d'anémie avérée.
  • Et d'autres symptômes comme une baisse de la libido ou des troubles digestifs.

Il est important de noter que ces symptômes ne sont pas spécifiques du manque de fer et qu'ils peuvent se manifester dans une grande variété de situations. On doit soupçonner une carence lorsque ces symptômes adviennent chez les personnes identifiées comme étant à risque, en particulier les femmes ayant des saignements menstruels importants, les femmes enceintes, les enfants et les personnes qui suivent un régime pauvre en fer.

Comment combler une déficience ou une carence en fer ?

Les besoins en fer varient fortement selon le sexe, l'âge et certaines situations spécifiques comme l'abondance des menstruations chez les femmes. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande des apports de 11 mg par jour chez les adolescents de 12 à 17 ans (et jusqu'à 13 mg chez les adolescentes dont les pertes menstruelles sont abondantes), 11 mg par jour chez les hommes et femmes de plus de 18 ans, et 16 mg chez les femmes enceintes ou allaitantes.

Références Nutritionnelles pour la Population en fer (mg/jour)

Groupes de population Références nutritionnelles en fer (mg/j)
Nourrissons de 6 mois et plus11
Enfants de 1 à 2 ans5
Enfants de 3 à 6 ans4
Enfants de 7 à 11 ans6
Adolescents de 12 à 17 ans11
Adolescentes de 12 à 17 ans non menstruées ou dont les pertes menstruelles sont faibles à modérées11
Adolescentes de 12 à 17 ans dont les pertes menstruelles sont élevées13
Hommes de 18 ans et plus11
Femmes de 18 ans et plus dont les pertes menstruelles sont faibles à modérées11
Femmes de 18 ans et plus dont les pertes menstruelles sont élevées16
Femmes enceintes ou allaitantes16
Femmes ménopausées11

(Source : Anses)

En cas de manque de fer, on peut alors agir à deux niveaux : en modifiant l'alimentation et en prenant des compléments adaptés.

Modifier l'alimentation

Un changement alimentaire peut parfois suffire à corriger un manque de fer, lorsque celui-ci résulte d'un régime spécifique ou de pertes sanguines. Les meilleures sources alimentaires de fer sont les produits d'origine animale, en particulier la viande rouge, les abats, les poissons et les coquillages : ceux-ci fournissent une forme de fer qui est mieux assimilée par l'organisme que celle provenant des végétaux. Néanmoins, une consommation élevée de céréales complètes et de légumineuses, comme les lentilles, s'avère efficace en cas de carence.

À ces produits, il est courant d'associer une source de vitamine C, afin d'améliorer l'absorption du fer. On en trouve dans les agrumes (oranges, citrons, pamplemousses) et dans certains fruits et légumes (cassis, goyave, acérola, persil, kiwi, poivron rouge).

Au global, l'idéal reste d'opter pour une alimentation variée et équilibrée en associant viandes, poissons, fruits de mer et légumes. Les protéines animales sont d'autant plus importantes qu'elles aident l'organisme à bien assimiler le fer issu des produits végétaux.

Prendre des compléments alimentaires

En association avec une alimentation équilibrée, on peut recourir à une complémentation en fer. Ce minéral est principalement utilisé, dans les compléments, sous forme de bisglycinate de fer ou de sulfate ferreux, ou en puisant dans des sources naturelles comme la spiruline (issue de petites plantes ou d'algues).

Cette complémentation est particulièrement recommandée chez les femmes jeunes dont les menstruations sont abondantes ou douloureuses. À titre d'exemple, FEMINÆ Règles Douloureuses est un complément spécialement élaboré pour une action ciblée sur l'inconfort physique lors des cycles menstruels, pour les femmes et les adolescentes dès 12 ans.

Le manque de fer n'est donc pas une fatalité : un rééquilibrage alimentaire, associé à une complémentation en fonction des situations, permet très souvent de corriger la carence. Mais attention à ne pas la laisser dégénérer en anémie !

FAQ – Manque de fer

Comment savoir si l'on manque de fer ?

Souvent asymptomatique, le manque de fer peut s'avérer difficile à identifier. En cas de doute, il est recommandé de demander à son médecin un bilan sanguin avec dosage de l'hémoglobine et de la ferritine. Chez les personnes à risque, il est important de prêter une attention particulière aux signes physiques : fatigue, pâleur, essoufflement, maux de tête et vertiges.

Comment faire remonter le fer rapidement ?

Pour corriger rapidement un manque de fer, il faut opter pour une alimentation adaptée, composée de viande rouge, d'abats, de poissons et de fruits de mer, mais aussi de fruits et de légumes pour augmenter la teneur en fer et profiter des bienfaits de la vitamine C pour l'assimilation de ce minéral. En parallèle, une complémentation peut s'avérer nécessaire.

Quels sont les risques d'un excès de fer ?

Un excès de fer dans le sang peut se traduire par une fatigue importante et chronique, des douleurs articulaires, l'apparition d'un teint grisâtre ou bronzé, une chute des cheveux et des troubles hormonaux. Dans les cas sévères, les organes peuvent être atteints : foie, cœur et pancréas. Il est donc essentiel de prendre des précautions lorsqu'on cherche à corriger un manque de fer, pour ne pas risquer de tomber dans l'excès inverse.

Sources utilisées :

https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/anemie-par-carence-en-fer/definition-causes-anemie-carence-fer

https://www.vidal.fr/actualites/30432-carence-en-fer-sans-anemie-quelle-conduite-a-tenir.html

https://www.chu-lyon.fr/traitement-de-lanemie-par-carence-en-fer

https://nhco-nutrition.com/journal/les-10-signes-dun-manque-de-fer/

https://www.anses.fr/fr/content/les-references-nutritionnelles-en-vitamines-et-mineraux

https://www.who.int/publications/i/item/9789240088542

https://www.who.int/publications/i/item/9789240000124

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK569876/